Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 09:00

PA240096r.jpg

Chantal Caramatie, n’est pas une photographe tout à fait comme les autres… Le viseur de son objectif est exclusivement dédié au graffitis. Et pas sur n’importe quel support : les blockhaus. Et pas à n’importe quel endroit : sur les plages de la presqu’ile du Cap Ferret.
Rencontre avec une passionnée…

P1050203r.jpg

Tendances Graphiques : Bonjour Chantal, pourriez vous vous présenter pour les lecteurs de Tendances Graphiques s'il vous plaît ?

Chantal Caramatie : Bonjour, je suis Chantal Caramatie. Je vis entre Toulouse et  Petit Piquey, sur la presqu’ile du Cap Ferret.
J’ai, depuis l’âge de 12 ans, toujours « l’œil collé au viseur », au point aujourd’hui de ne pas utiliser les écrans. C’est mon regard sur le monde que j’inscris en photographiant sans cesse : Photos de famille,  de voyages, de trajets, puis ce reportage inventaire de plusieurs années sur les blockhaus du Cap Ferret.

oct 2009bonnier

TG :Votre première rencontre avec les blockhaus graffés, c'était quand ? Et pourquoi l'envie de les photographier ?

CC : Je n’ai pas « rencontré » un jour les blockhaus. Ils ont fait partie de ma vie depuis ma naissance. Je ne les ai pas regardés pendant 50 ans… puis, par hasard, suite à une enquête sur leur devenir en 2006, je les ai observés avec attention.
J’ai alors découvert leurs emplacements. Certains très visibles, d’autres à l’arrière des dunes ou bien enfouis sous l’eau et réapparaissant lors de grosses marées. Surtout,  j’ai découvert de véritables œuvres d’artistes laissées sur ces murs de béton.

File_014r.jpg

TG : Combien de photos de graffitis possédez vous dans vos tiroirs ?

CC : 7557 exactement à ce jour ! Mais beaucoup seraient à jeter !

IMAGES3-1227-r.jpg

TG : Quand avez vous commencé à exposer vos photos de blockhaus « décorés » ?

CC : C’est en 2010 que j’ai exposé  mon travail pour la première fois. Une douzaine de photos sur toile. Avant cela, j’ai réalisé un livre photos que j’ai montré. La responsable de la culture à Lège a apprécié l’ouvrage et ma démarche. Elle m’a soutenue pour que j’expose. Alors il m’a fallu choisir parmi toutes ces photos…

IMAGES3-1055r.jpg

TG : Vous ne photographiez pas les graffitis dans la rue mais uniquement sur ces vestiges de pierre. Pourquoi ?

CC : Je ne photographie pas les graffitis dans la rue mais certains m’ont touché.
Je ne me serais pas intéressée à figer dans l’instant ces vestiges de béton, encore hostiles, s’ils n’avaient pas été au cœur d’un lieu : celui de mon enfance, de l’histoire de mes parents et grands parents : le Cap Ferret. Je n’aurais pas voulu photographier ces monstres de béton si aujourd’hui, des artistes n’y avaient laissé d’autres traces, souvent éphémères, mais parfois très fortes de sens et de beauté.

IMAGES3-0861r.jpg

TG : Existe t-il pour vous un moment idéal ou une saison propice pour "shooter" les blockhaus ? Et la marée a t-elle une influence sur vos prises de vue ?

CC : Les moments que je choisis : d’abord des périodes où il y a peu de monde sur la plage. Puis, je tiens compte des coefficients de la marée pour photographier les blockhaus enfouis.
J’aime particulièrement le matin. Les ciels sont importants. C’est la lumière qui fait éclater les couleurs des graffitis.

Quant aux grapheurs, je pense qu’ils trouvent sur les plages du Cap Ferret des murs pleins de fissures, d’aspérité, véritables trames de fond pour leurs créations. Ils profitent aussi d’un arrière plan de dunes changeantes. Et au premier plan, l’océan, qui renvoie des couleurs éclatantes ou lugubres grâce à la lumière.

IMAGES3-0826r.jpg

TG : Avez vous un blockhaus préféré (pour sa forme, ses lignes, son emplacement ou pour les dessins qui l'envahissent) ?

CC : J’aime beaucoup le blockhaus qui a une forme de grosse tortue. Je l’appelle le monstre. Il est encore sur la dune.

IMAGES3-0614r.jpg

TG : Y a t-il une fresque ou un détail graphique qui vous a particulièrement ému et pourquoi ?

CC : Beaucoup de fresques m’ont touchée : des paroles inscrites, violentes ou d’amour, des visages énormes que vous découvrez tout à coup et dont le regard vous attire. 

Depuis 5 ans, j’ai vu beaucoup d’univers graphiques différents. Aujourd’hui, les couleurs sont plus intenses, les fresques plus grandes. Au début, il ne s’agissait que de fragments d’histoires…

J’aime beaucoup une représentation d’une petite fille dans sa bulle… ou dans un registre différent, la représentation d’un oiseau mazouté, et d’un monde entrain de se détruire. D’autres me font beaucoup rire.

IMAGES3-0599r.jpg

TG : Auriez-vous une anecdote à nous raconter lors d'une séance photo ?

CC : J’ai peu d’anecdotes à raconter concernant mes prises de vue. Je rencontre peu de gens. Ils doivent penser que je suis un peu folle de photographier ça !

J’ai rencontré un jour un grapheur en action. Il y avait du vent. J’ai compris qu’il était difficile ce jour là de « bomber ». J’ai aussi rencontré des chercheurs de pièces et d’or. Chacun suit son chemin…. Parfois je ramasse des petites choses en cours de route. Je marche beaucoup et j’en oublie l’heure.
Je prends beaucoup de temps à photographier les petits détails.

L’histoire avec un grand H m’est apparue un jour de novembre 2010, avec le découverte d’un sac de ciment durci, comme fossilisé. Et là, comment ne pas penser à ces hommes requis par l’armée nazie qui l’ont transporté là, et  œuvraient nuit et jour, en 1943, pour qu’avance cette folie : le mur de l’Atlantique.

IMAGES3-0444r.jpg

TG : Vous avez déjà rencontré les artistes dont vous photographiez les fresques ? Si oui, quels rapports entretenez vous avec eux ?

CC : Depuis que j’expose, j’ai rencontré quelques grapheurs. Ils cherchent dans mon classeur leur trace. Parfois ils trouvent. Comme ce jeune garçon qui signe « STONE » sur un blockhaus qui me fascine particulièrement car il symbolise l’évolution des mouvements de l’océan. Sa hauteur varie de 2 ou 3 mètres. Il s’enfonce dans les sables puis réapparait.

IMAGES3-0426r.jpg

TG : Envisagez vous photographier d'autres blockhaus que ceux des plages du Cap Ferret ?

CC : Non je n’envisage pas d’en photographier ailleurs qu’ici car ils sont au cœur d’un lieu qui m’est très cher : celui de mon enfance, de l’histoire de mes parents et grands parents : le Cap Ferret. Je n’aurais pas voulu photographier ces monstres de béton si aujourd’hui, des artistes n’y avaient laissé d’autres traces, souvent éphémères mais parfois très fortes de sens et de beauté.

IMAGES3-0202r.jpg

TG : Quels sont vos projets à venir ?

CC : Trouver un éditeur ou des sponsors pour publier mon livre photos. Et aussi, j’espère, découvrir ce qui m’anime dans la photographie.
Je suis définitivement sensible à l’art, qui en ce lieu, vient ponctuer cet éphémère de notre histoire… et je m’obstine sans cesse à vouloir garder des traces de ces rencontres artistiques.

IMAGES3-0187r.jpg

TG : Merci Chantal.

CC : Merci pour l’intérêt que vous porté à mes photos et surtout à ma recherche.

Coordonnées :
Chantal Caramatie - chantal.caramatie@wanadoo.fr  

 

 

Par Tendances Graphiques - Publié dans : INTERVIEWS - Communauté : Les mordu(e)s de DECO !
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Retour à l'accueil

BIENVENUE

Tendances Graphiques a le flair pour dénicher les belles images sur le web.
Un instinct artistique qui nous permet de vous servir chaque semaine de nouveaux visuels alléchants.
Au menu ou à la carte : Illustrations, photographies, motion, street art, packaging, art toys et autres plaisirs graphiques à grignoter sans modération.

CATÉGORIES GRAPHIQUES...

bouton_veille_pearltrees.jpg

NOTRE ÉQUIPE DE CONTRIBUTEURS

contributeurs_v2.jpg

SITE PRO

banniere_inaativ.gif

banniere_formateurconsultant.gif

CONTACTEZ MOI

RECHERCHEZ...

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés