Partager l'article ! LES BLOCKHAUS DU CAP FERRET VUS PAR CHANTAL CARAMATIE: Chantal Caramatie, n’est pas une photographe tout à fait comme les autres… ...
Chantal Caramatie, n’est pas une photographe tout à fait comme les autres… Le viseur de son objectif est exclusivement dédié au graffitis. Et pas sur n’importe quel support : les blockhaus. Et
pas à n’importe quel endroit : sur les plages de la presqu’ile du Cap Ferret.
Rencontre avec une passionnée…
Tendances Graphiques : Bonjour Chantal, pourriez vous vous présenter pour les lecteurs de Tendances Graphiques s'il vous plaît ?
Chantal Caramatie : Bonjour, je suis Chantal Caramatie. Je vis entre Toulouse et Petit Piquey, sur la presqu’ile du Cap Ferret.
J’ai, depuis l’âge
de 12 ans, toujours « l’œil collé au viseur », au point aujourd’hui de ne pas utiliser les écrans. C’est mon regard sur le monde que j’inscris en photographiant sans cesse : Photos de famille,
de voyages, de trajets, puis ce reportage inventaire de plusieurs années sur les blockhaus du Cap Ferret.
TG :Votre première rencontre avec les blockhaus graffés, c'était quand ? Et pourquoi l'envie de les photographier ?
CC : Je n’ai pas « rencontré » un jour les blockhaus. Ils ont fait partie de ma vie depuis ma naissance. Je ne les ai pas regardés pendant 50 ans… puis,
par hasard, suite à une enquête sur leur devenir en 2006, je les ai observés avec attention.
J’ai alors découvert leurs emplacements. Certains très
visibles, d’autres à l’arrière des dunes ou bien enfouis sous l’eau et réapparaissant lors de grosses marées. Surtout, j’ai découvert de véritables œuvres d’artistes laissées sur ces murs
de béton.
TG : Combien de photos de graffitis possédez vous dans vos tiroirs ?
CC : 7557 exactement à ce jour ! Mais beaucoup seraient à jeter !
TG : Quand avez vous commencé à exposer vos photos de blockhaus « décorés » ?
CC : C’est en 2010 que j’ai exposé mon travail pour la première fois. Une douzaine de photos sur toile. Avant cela, j’ai réalisé un livre photos
que j’ai montré. La responsable de la culture à Lège a apprécié l’ouvrage et ma démarche. Elle m’a soutenue pour que j’expose. Alors il m’a fallu choisir parmi toutes ces photos…
TG : Vous ne photographiez pas les graffitis dans la rue mais uniquement sur ces vestiges de pierre. Pourquoi ?
CC : Je ne photographie pas les graffitis dans la rue mais certains m’ont touché.
Je ne me serais pas
intéressée à figer dans l’instant ces vestiges de béton, encore hostiles, s’ils n’avaient pas été au cœur d’un lieu : celui de mon enfance, de l’histoire de mes parents et grands parents : le Cap
Ferret. Je n’aurais pas voulu photographier ces monstres de béton si aujourd’hui, des artistes n’y avaient laissé d’autres traces, souvent éphémères, mais parfois très fortes de sens et de
beauté.
TG : Existe t-il pour vous un moment idéal ou une saison propice pour "shooter" les blockhaus ? Et la marée a t-elle une influence sur vos prises de vue ?
CC : Les moments que je choisis : d’abord des périodes où il y a peu de monde sur la plage. Puis, je tiens compte des coefficients de la marée pour
photographier les blockhaus enfouis.
J’aime particulièrement le matin. Les ciels sont importants. C’est la lumière qui fait éclater les couleurs des
graffitis.
Quant aux grapheurs, je pense qu’ils trouvent sur les plages du Cap Ferret des murs pleins de fissures, d’aspérité, véritables trames de fond pour leurs
créations. Ils profitent aussi d’un arrière plan de dunes changeantes. Et au premier plan, l’océan, qui renvoie des couleurs éclatantes ou lugubres grâce à la lumière.
TG : Avez vous un blockhaus préféré (pour sa forme, ses lignes, son emplacement ou pour les dessins qui l'envahissent) ?
CC : J’aime beaucoup le blockhaus qui a une forme de grosse tortue. Je l’appelle le monstre. Il est encore sur la dune.
TG : Y a t-il une fresque ou un détail graphique qui vous a particulièrement ému et pourquoi ?
CC : Beaucoup de fresques m’ont touchée : des paroles inscrites, violentes ou d’amour, des visages énormes que vous découvrez tout à coup et dont le
regard vous attire.
Depuis 5 ans, j’ai vu beaucoup d’univers graphiques différents. Aujourd’hui, les couleurs sont plus intenses, les fresques plus grandes. Au début, il ne
s’agissait que de fragments d’histoires…
J’aime beaucoup une représentation d’une petite fille dans sa bulle… ou dans un registre différent, la représentation d’un oiseau mazouté, et d’un monde
entrain de se détruire. D’autres me font beaucoup rire.
TG : Auriez-vous une anecdote à nous raconter lors d'une séance photo ?
CC : J’ai peu d’anecdotes à raconter concernant mes prises de vue. Je rencontre peu de gens. Ils doivent penser que je suis un peu folle de
photographier ça !
J’ai rencontré un jour un grapheur en action. Il y avait du vent. J’ai compris qu’il était difficile ce jour là de « bomber ». J’ai aussi rencontré des
chercheurs de pièces et d’or. Chacun suit son chemin…. Parfois je ramasse des petites choses en cours de route. Je marche beaucoup et j’en oublie l’heure.
Je prends beaucoup de temps à photographier les petits détails.
L’histoire avec un grand H m’est apparue un jour de novembre 2010, avec le découverte d’un sac de ciment durci, comme fossilisé. Et là, comment ne pas
penser à ces hommes requis par l’armée nazie qui l’ont transporté là, et œuvraient nuit et jour, en 1943, pour qu’avance cette folie : le mur de l’Atlantique.
TG : Vous avez déjà rencontré les artistes dont vous photographiez les fresques ? Si oui, quels rapports entretenez vous avec eux ?
CC : Depuis que j’expose, j’ai rencontré quelques grapheurs. Ils cherchent dans mon classeur leur trace. Parfois ils trouvent. Comme ce jeune garçon qui
signe « STONE » sur un blockhaus qui me fascine particulièrement car il symbolise l’évolution des mouvements de l’océan. Sa hauteur varie de 2 ou 3 mètres. Il s’enfonce dans les sables puis
réapparait.
TG : Envisagez vous photographier d'autres blockhaus que ceux des plages du Cap Ferret ?
CC : Non je n’envisage pas d’en photographier ailleurs qu’ici car ils sont au cœur d’un lieu qui m’est très cher : celui de mon enfance, de l’histoire
de mes parents et grands parents : le Cap Ferret. Je n’aurais pas voulu photographier ces monstres de béton si aujourd’hui, des artistes n’y avaient laissé d’autres traces, souvent éphémères mais
parfois très fortes de sens et de beauté.
TG : Quels sont vos projets à venir ?
CC : Trouver un éditeur ou des sponsors pour publier mon livre photos. Et aussi, j’espère, découvrir ce qui m’anime dans la
photographie.
Je suis définitivement sensible à l’art, qui en ce lieu, vient ponctuer cet éphémère de notre histoire… et je m’obstine sans cesse à vouloir
garder des traces de ces rencontres artistiques.
TG : Merci Chantal.
CC : Merci pour l’intérêt que vous porté à mes photos et surtout à ma recherche.
Coordonnées :
Chantal Caramatie - chantal.caramatie@wanadoo.fr
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